EXPLORERS > VOLUME IV > REVIEWS > PELISSIER
Africana Studia, 12, 2009, pp. 155-6. (Centre of African Studies, University of Porto)

« Além do Bojador...

   Além da Dor » ?

[« Beyond Bojador...

     Beyond Suffering » ?]

René Pélissier

[translated from the French by GK & CH]

The reader will decide. Depending on whether he is - or was - dominant or dominated! Unsteady and comfortably reversible positions, as history teaches us. The goal of this bi-bibliographical chronicle is merely to present a few books giving some recent contrasting visions, therefore postcolonial, on the last years of the Portuguese Império (with later returns), and to compare them with other ‘colonizations' more or less near, more or less unrecognized. It will also include some texts concerning the States that resulted from the Lisbon's withdrawal in the 70s.

The work that incontestably forces respect and will render service to a very large public, in fact to all those interested in the discovery of the earth, that is to say, most often, to the origins of all colonization, is that of Raymond John Howgego who brings us the fourth section of an editorial enterprise that we did not hesitate to qualify as Promethean when we had the first three volumes in our hands. The third covered the same period (1850-1940), but touched only on the oceans and the polar regions. The fourth, of which we speak here, launches into an even more difficult task since it pretends to include all the principal explorers and major travellers who covered and described Australia, America, Asia and Africa, an ambition that we estimate is maybe a little too much for one quarto book (285x220mm) in two columns (four columns for the index) of ‘only' 1059 pages. Although Howgego has dedicated 950 articles, or about 1,120,000 words, to those pioneers who in 90 years furrowed these regions, he could not provide them all (who would dare to have the pretension to claim it in a domain so immense?), but merely the most essential of the indefatigable marcheurs who revealed Africa to the Western societies, meaning Europe, to those that were going to take possession of it, weapons in hand.

Let us be clear: we do not have the necessary knowledge to say if he misses many entries for travellers / explorers in Australia (probably none, moreover), English- and Spanish-speaking America, Central Asia and Siberia. We think, nevertheless, that the author treated these regions particularly well and that he offers us the best that exists on the subject. It is for the darkest continent, Africa, that he seems to have been a little too quick (save for the Italian explorers for whom his informants were assiduous and even surpassed themselves). Let us not shed ridiculous and out-of-place nationalism on a historian, and let us admit that President Theodore Roosevelt deserved more than four columns, which is a lot for a hunter, but why do we not see a mention of such a giant as Dias de Carvalho in Lunda or, more modestly, of Artur de Paiva in southern Angola? Three very thorough columns on Arthur Rimbaud in Ethiopia will flatter the poet's admirers, but the Spaniards will wonder what became of their explorers to Rio Muni and in premier place the ‘celebrated' Iradier. A ‘discoverer' as authentic as Victor Giraud in Central and East Africa escaped the net of this fierce investigator that is Howgego. The Portuguese will certainly not be delighted to learn that Serpa Pinto was ‘beaten' by the Makololoses (p.826), whereas, to the contrary, he was their victor in Mpassa (8 November 1889). Maybe they will comfort themselves while reading that he has nevertheless the right to three columns, as do Capelo and Ivens who, in our opinion, prevailed extensively over Serpa Pinto.

In truth, to do full justice to the exploration of Africa, to grant him 300-400 supplementary pages that could fit into a fifth volume of 1000 pages would be about sufficient that the publisher and the author owe to all their readers so that their glory is assured for at least a century. A book of this extraordinary quality, of this obvious utility, will have a longevity extending well beyond anything that crude commercial calculation can envisage. Howgego has created a superhuman work with the 4,000,000 words, 4500 articles and close to 60,000 entries of his bibliographies that his first four volumes contain. To catch up on those ‘forgotten', to correct some of the errors, to add numerous maps, to increase the thematic articles and to round everything off with indexes by countries ‘despatching' and countries ‘receiving' would be sufficient to place it on a pedestal whose height reflects his twenty or twenty-five years of titanic effort.

While waiting, and to encourage the author and the publisher to persevere, the thousands, indeed tens of thousands of embassies, foundations or cultural centres (or supposed as such), academic libraries, etc., throughout the world would be well motivated to obtain the four volumes that already exist, because they are the basis of the knowledge that their nationals will assume to take stock of the plurality of the planet's societies. For better or worse, that is not the question, because before judging, it is necessary to know. And no other work in any language approaches this fabulous census of the universality of discovery, or - conversely - any other by our ancestors, up to 1940.

Original French Below

Africana Studia, 12, 2009. (Centro de Estudios Africanos da Universidade do Porto, Portugal)

« Além do Bojador...

   Além da Dor » ?

René Pélissier

Le lecteur tranchera. Selon qu'il est - ou a été - dominant ou dominé ! Positions instables et aisément réversibles comme nous l'enseigne l'Histoire. Le but de cette chronique bi­bliographique est simplement de présenter quelques livres donnant des visions contras­tées récentes - donc postcoloniales - sur les dernières années de l'Império portugais (avec des retours en arrière), et de les comparer avec d'autres « colonisations » plus ou moins proches, plus ou moins méconnues. L'on y inclura également des textes concer­nant les Etats héritiers issus du retrait de Lisbonne dans les années 70.

L'ouvrage qui, incontestablement, force le respect et rendra des services à un très large pu­blic, en fait à tous ceux qui s'intéressent à la découverte de la Terre, c'est-à-dire, le plus souvent, aux prémices de toute colonisation, c'est Raymond John Howgego qui nous l'ap­porte avec le quatrième volet d'une entreprise éditoriale que nous n'avons pas hésité à qua­lifier de prométhéenne lorsque nous avons eu les trois premiers volumes entre les mains. Le troisième couvrait la même période (1850-1940), mais ne touchait que les océans et les régions polaires. Le quatrième, dont nous parlons ici, se lance dans une tâche encore plus difficile puisqu'il prétend englober les principaux explorateurs et grands voyageurs qui ont parcouru et décrit l'Australie, les Amériques, l'Asie et l' Afrique, ambition que nous estimons peut-être un peu exagérée même pour un livre in-quarto (285x220mm) sur deux colonnes (quatre colonnes pour l'index) de « seulement » 1059 pages. Howgego a beau avoir consacré 950 articles, soir environ 1.120.00 mots, à ces pionniers qui en 90 ans ont silloné ces contrées, il n'a pu fournir, non pas le totalité (qui oserait avoir la prétension de la revendiquer dans un domaine aussi immense ?), mais simplement l'essentiel des marcheurs infatigables qui ont révélé l'Afrique aux sociétés occidentales, c'est-à-dire, en Europe, à celles qui allaient s'en emparer, les armes à la main.

Soyons clair: nous n'avons pas les connaissances nécessaires pour dire s'il manque beaucoup d'entrées de voyageurs / explorateurs en Australie (probablement aucun, d'ailleurs), Amérique anglophone et ibérophone, Asie centrale et Sibérie. Nous pen­sons, néanmoins, que l'auteur a particulièrement bien traité ces régions et qu'il nous offre pour elles ce qui existe de meilleur en la matière. C'est pour le continent le plus obscur, l'Afrique, qu'il semble avoir été un peu rapide (sauf pour les explorateurs italiens pour qui ses informateurs ont été diligents et se sont même surpassés). Ne versons pas dans un nationalisme ridicule et déplacé chez un historien, et admettons que le prési­dent Théodore Roosevelt ait mérité plus de quatre colonnes, ce qui est beaucoup pour un chasseur, mais pourquoi ne voit-on nulle mention d'un géant comme Dias de Carvalho dans la Lunda ou, plus modeste, d'Artur de Paiva au Sud-Angola ? Trois colonnes très complètes sur Arthur Rimbaud en Ethiopie flatteront les admirateurs du poète, mais les Espagnols se demanderont ce que sont devenus leurs explorateurs au Rio Muni et en premier lieu le « célèbre » Iradier. Un « découvreur » authentique comme Victor Giraud en Afrique centrale et orientale a échappé aux mailles pourtant serrées du filet de cet enquêteur acharné qu'est Howgego. Les Portugais ne seront certainement pas non plus ravis d'apprendre que Serpa Pinto a été « battu » par les Makololos (p.826), alors qu'au contraire il fut leur vainqueur à Mpassa (8 novembre 1889). Peut-être se consoleront-ils en lisant qu'il a quand même droit à trois colonnes, tout comme Capelo et Ivens lesquels, à notre avis, l'emportaient largement sur Serpa Pinto.

En vérité, pour rendre pleinement justice à l'exploration de l'Afrique, il suffirait de lui accorder 300-400 pages supplémentaires qui pourraient s'insérer dans un cinquième volume de 1000 pages environ que l'éditeur et l'auteur doivent à tous leurs lecteurs pour que leur gloire soit assurée pendant au moins un siècle. Un livre de cette extraordinaire qualité, de cette utilité évidente, aura une longévité allant bien au-delà de ce qu'un vul­gaire calcul commercial peut envisager. Howgego a fait un travail surhumain avec les 4,000,000 de mots, 4500 articles et près de 60,000 entrées de ses bibliographies, que contiennent ses quatre premiers volumes. Rattraper les « oubliés », corriger quelques er­reurs, ajouter de nombreuses cartes, augmenter les articles thématiques et compléter le tout avec des index par pays « émetteurs » et pays «récepteurs » suffiraient à le mettre sur un piédestal à la hauteur de ses vingt ou vingt-cinq ans d'efforts titanesques.

En attendant et pour encourager l'auteur et l'éditeur à persévérer, les milliers, voire di­zaines de milliers, d'ambassades, fondations ou centres culturels (ou prétendus tels), bi­bliothèques dites universitaires, etc., de par le monde seraient bien inspirés d'obtenir les quatre volumes qui existent déjà, car ils sont à la base de la connaissance de ce qu'ont fait leurs ressortissants pour prendre la mesure de la pluralité des sociétés de la planète. Pour le meilleur ou pour le pire, là n'est pas la question, car avant de juger, il faut savoir. Et aucun autre ouvrage en aucune langue n'atteint à ce fabuleux recensement de l'universa­lité de la découverte - réciproque - de l'autre par nos ancêtres, jusqu'en 1940.